Les candidats aux épreuves physiques du BAC 2020 courent-ils des risques d’accidents cardiovasculaires ?

Le Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes), section EPS (éducation physique et sportive) a déclaré selon un article du journal sénégalais le quotidien du 22 juillet 2020, qu’: « après quatre mois sans cours d’EPS, il est inconcevable de vouloir programmer ces épreuves sans une préparation préalable qui doit durer des semaines. Au cas contraire, les élèves peuvent être exposés à des accidents vasculaires ».

Cette déclaration est en réponse au communiqué du 17 juillet 2020 du ministre sénégalais de l’Education nationale, Mamadou Talla.
Des tentatives d’entrer en contact avec le Syndicat n’ont abouti à rien. Leur site n’est pas, non plus, mis à jour et ne contient pas la déclaration publiée intégralement par le site infosdakar.
Est-il exact que le déroulement des épreuves physiques et sportives, après quatre mois de vacances, expose les élèves a des accidents vasculaires ?

Le sport à l’école
Au Sénégal, les études de l’enseignement secondaire sont sanctionnées par le diplôme du baccalauréat. Parmi les épreuves à faire en classe de Terminale, en vue de l’obtention de ce premier diplôme universitaire, figure : l’EPS (éducation physique et sportive).
Cette dernière, est composées par le lancer poids, le saut (longueur, hauteur et triple saut) et la course de vitesse. Elles sont notées sur 20 et la note finale s’obtient à partir de la moyenne des points obtenus aux trois épreuves. Ainsi, les candidats qui auront plus de 10 verront ce nombre de points ajoutés à leur total de point, toutes épreuves confondues, selon des informations fournies par le site examen.sn.
Pour passer le BAC, les épreuves physiques et sportives sont obligatoires, sauf pour les candidats présentant un certificat d’inaptitude.

Le contexte de la déclaration du Sudes/EPS
Dans un communiqué du 16 juillet 2020, le ministre de l’Education Nationale (MEN), Mamadou Talla, invite « les Inspections d’académie (IA) d’intégrer l’Education physique et sportive (EPS) dans les évaluations aux différents examens scolaires, notamment le Certificat de fin d’études élémentaires (CFEE), le Brevet de fin d’études moyennes (BFEM) et le Baccalauréat (BAC) ».
Selon lequotidien, cette décision du MEN prise « après avis du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri) », vient corriger celle du 25 juin 2020, portant « annulation des épreuves d’éducation physique et sportive ».

Désormais, « les épreuves du Bac se dérouleront du 23 au 28 juillet 2020, selon les modalités déclinées dans le document joint en annexe », précise le communiqué du MEN. Ainsi, « chaque candidat fera les deux épreuves individuelles retenues, en l’occurrence le saut et la course de vitesse, dans le respect strict du protocole sanitaire », poursuit-t-il.

Cependant, pour le Sudes/EPS, « après quatre mois fermes sans pratique de l’EPS, obliger les élèves candidats à faire les épreuves physiques, c’est exposer nombre d’entre eux à de graves dangers pour leur santé, voire leur vie. En effet, entre autres, en l’état, ils peuvent être exposés à des accidents cardio-vasculaires, musculaires et articulaires, mais encore à des contre-performances dans leur quête de bonnes notes », souligne celui-ci.
L’interruption de la pratique de l’EPS avait été causée par la fermeture des écoles en raison de la pandémie de COvid-19.

Accident vasculaire, qu’est-ce que c’est ?

Accident vasculaire cérébral, accident vasculaire : les deux termes « veulent dire la même chose », si l’on en croit docteur Mbaye Paye, cardiologue, médecin du sport et gériatre au cabinet médical Abdoul Aziz Sy Dabakh de Dakar.
Sur le site de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), il est indiqué qu’un accident vasculaire cérébral « résulte de l’interruption de la circulation sanguine dans le cerveau, en général quand un vaisseau sanguin éclate ou est bloqué par un caillot ».

Points de vue contradictoires
Les spécialistes de la médecine sportive et du sport professionnel, ont des avis divergents sur la problématique selon laquelle après une courte pause, la reprise des épreuves physiques et sportives expose les candidats a des accidents vasculaires.
« Quelles que soient les circonstances, il est toujours conseillé de reprendre une activité sportive, de façon progressive », affirme le docteur Jihad Jaafar, cardiologue a la clinique médicale IMODSEN (Imagerie moderne du Sénégal, basée à Dakar).
Pour autant, le risque d’accident, évoqué dans la déclaration du Sudes, peut-il s’appliquer à tous les candidats ?

« Pour ce genre d’épreuve, même s’il existe un risque, l’hypothèse d’un accident vasculaire est écartée par la médecine sportive », nous apprend le Docteur Mbaye Paye
De plus, « le déroulement de ces épreuves serait grave pour la santé des candidats, si et seulement si, nous étions certains que la totalité des candidats n’avaient pas fait d’activité physique et sportive, durant cette période ».

Ces épreuves étaient prévues en juin, avant d’être ajournées, selon le site sénégalais seneweb, en raison de la pandémie liée au Coronavirus.
Quels sont les facteurs à risque d’AVC ?

D’après le site du Figaro Santé, la liste ci-après regroupe les principaux facteurs à risque d’AVC :
L’âge : plus de la moitié des AVC surviennent chez les personnes âgées de 75 ans et plus, contre un quart chez les moins de 65 ans.
Certaines maladies cardiaques (anomalie de la valve cardiaque, insuffisance ou arythmie) qui nécessitent un traitement anticoagulant durant toute la vie.
L’hypertension artérielle qui est un facteur de risque majeur. Le fait que beaucoup d’hypertendus dépistés n’aient pas une pression artérielle normalisée augmente encore ce risque.

L’hypercholestérolémie.
Un premier accident vasculaire cérébral ou un AIT. L’accident ischémique transitoire indique que le risque d’AVC est important.
Le diabète. Cette maladie chronique, caractérisée par un excès de sucre dans le sang, contribue aux dépôts graisseux (plaque d’athérome) sur la paroi des vaisseaux.
La consommation de tabac : l’arrêt du tabac diminue de moitié le risque d’AVC.
La consommation d’alcool qui agit aussi sur la valeur de la pression artérielle.

La sédentarité.
Au Sénégal, il n’y a pas d’âge limite pour se présenter au baccalauréat. Cependant, d’après une étude de l’ANSD (Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie), sur la situation économique et sociale du Sénégal en 2005, « selon les normes en vigueur, l’âge d’entrée en Cours d’initiation (CI) est fixé à 7 ans ». Par conséquent, un élève devrait normalement terminer le lycée à l’âge de 19 ans.
Ces derniers, sont obligatoirement tenus de faire une visite médicale d’aptitude au sport, avant de participer aux épreuves physiques et sportives.

Que reternir
Sur la base des avis médicaux, de l’âge moyen des candidats au BAC et à l’aune des principaux facteurs pouvant entrainer un accident vasculaire, la reprise d’une activité physique après un bref arrêt, n’est pas forcément susceptible d’engendrer des risques d’accident cérébral chez les candidats.
La déclaration du Sudes n’est fondée sur aucune étude scientifique qui pourrait en assurer l’exactitude.

Abdou Wahab Lo, L3